Et oui, comme toi j’en abuse parfois des virées éthyliques à en perdre mes repères au défilé des verres. Mais assez parlé de moi ! Je voulais te raconter sont histoire à elle…

Elle est sortie hier soir et rentrée bien tard
Les pensées embuées par les relents du bar.
Puis elle s’est laissée tombée cash,
Encore toute habillée,
Sur son lit,
Dans le coma qui suit l’arrache
Des verres trop enquillés
Et bien remplis

Midi trente,
Le soleil perce les carreaux la tire de sa torpeur….
Transpirante !

Clignement d’œil grinçant sans notion de l’heure,
Et cette putain de lumière qui lui donne des haut-le-cœur,
Et inonde son crâne de vitriole
Même si la vitre étiole
Un peu sa chaleur.

La double aspirine bulle dans le grand verre d’eau
Comme les restes de picole
Qui caracolent
En lucioles folles
Dans l’ombre que cherchent ses yeux clos.

Silence dans le verre.
Impec !
Elle l’avale cul sec,
Comme on tire un coup de revolver.
Suis une toux rauque, elle manque de le rendre et retourne s’allonger
L’œil glauque, la sueur froide,  et son foie meurtri tentant d’éponger.

« Putain !
Ca y est, enfin ! »

Les cachets commencent à faire sentir leur effet,
Et son esprit s’allège un peu sous leur bienfait….

Un peu plus fraîche de son ébriété,
Enfin…. Un peu moins éclatée
Qu’avant,
Elle se pose sur son divan
Et en profite pour essayer de reconstituer
Le puzzle de souvenirs que la tise a remués.
Mais que c’est confus
Diffus,
Et la soirée entière se mélange
Comme si le temps avait pris des raccourcis étranges,
Ponctué de zones claires
D’éclairs,
Sous le pochoir
Que lui impose ses trous noirs.

« Et Merde ! Va vraiment falloir que j’arrête de boire ! »

Soudain, flash !
Comme la flèche
D’un Apache
Qui la sèche !
Le clignement douloureux de ses yeux se fige,
Sur des images troubles qui lui file le vertige !

Un homme au visage flou …
Un motel miteux…
Elle, saoul et sans dessous…
Les jambes ouvertes à sa queue…
Et puis quelques fausses notes de jouissance
Noyée dans l’alcool et la sourdine des sens…

Elle serre les lèvres,
Se lève,
D’un coup,
Et prend ses jambes à son cou
En direction des toilettes !
Ses boyaux lui montent dans la bouche,
Ses phalanges blanchissent sur le bord de la cuvette
Qui se retrouve ruisselante sous la douche
De bile, d’éthanol, de fragments de mémoire et de honte.
Et allez ! Une deuxième fois encore
Et une troisième pour bien vider son corps !
Ça y est ça passe, elle se redresse, les chiottes ont eu leur compte !

« Bordel de merde ! Mais qu’est-ce que j’ai foutu hier soir ! »

Elle retourne se poser sur sa méridienne,
Pas tout à fait sereine,
Pas du tout même,
Blême,
Avec une question qui tourne, trouble, tremble
Et s’accroche,
Dans sa caboche :

« Putain ! La capote, on l’a zappé, il me semble !?
Ah si, c’est bon !
Quoique….
Peut-être que non,
Parce que….
Fait chier, je sais plus,
Je me souviens même pas si ça m’a plu ! »

Elle a beau réfléchir,
Soucieuse,
Elle n’en a aucun souvenir,
Et, putain que ça la rend nerveuse
Quand elle commence à imaginer son avenir
Biscornu,
Engrossée par le sperme d’un géniteur
Inconnu,
Elle, pleine de rêve et tout juste majeure
Sans emploi ni revenus.
Là, à son âge ?
Un carnage !
Mais, d’un coup, le stress s’atténue
Et joie,
Sur son visage, un sourire s’articule.

« Je suis conne ou quoi !
De toute façon je prends la pilule ! »

Alors, elle se dit qu’au bout du compte,
C’était pas si grave,
Juste une soirée aux souvenirs pourraves,
Mais ça, ça se surmonte !
Elle se dit aussi :

« Plus jamais de défonce comme celle-ci ! »

Que l’alcool mérite qu’on pose des limites
Qui évitent
Les conneries et l’amnésie,
Et que ça, elle l’a bien saisi !

Alors elle décide de penser à autre chose,
Contente de savoir cette aventure close…
Elle allume son poste de télévision,
Et peu importe l’émission,
Juste comater !

Mais si ce n’est pas celui d’un embryon
Un compte à rebours insidieux a débuté,
Dans sa chair;
Car, depuis cette seule nuit d’inconscience
La première,
Elle porte en elle le syndrome de l’immunodéficience
Acquise….
Quatre lettres pour une soirée de tise,

     S
     I
     D
     A 

COD KINAY – le 23/12/2014

marionnette main et preservatif

Pour illustrer ce slam, j’ai aimé cette photographie de Irving S. T. Garp

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