Pourquoi ce slam au son du tam-tam ? Tout simplement parce qu’en rentrant chez-moi d’une soirée Spoken Word, riche en textes engagés et métaphoriques, accompagnés de bonne zik, j’ai croisé du regard… mon djembé. Où alors, c’est lui qui m’a regardé, je ne sais plus trop. Peu importe. Le tout, c’est que dans ma tête, ça a commencé à faire tam, puis tam, et tam encore, et tam-tam, tamt-tam-tam-tam… Jusqu’à donner ce slam que tu vas pouvoir découvrir maintenant.

 

Il y a du vacarme d’états d’âme
Qui me résonne dans l’esprit,
Comme le son lourd d’un tam-tam
Dans lequel je me laisse pris.

Combien d’enfants qui crèvent
A l’instant où je te parle ?
Et combien de nos rêves
Qui se font porter pâles ?
Je n’ai pas assez de doigts pour les compter,
Non, pas assez de poids pour le contrer…
Enfin, c’est comme ça que je légitime
Mon inaction face aux victimes.
Mais quand je me couche certains soirs,
Les percus cognent dans le noir.
Tam, tam, tam
Dans le fond de l’encéphale,
Tam, tam, tam
Comme les tirs de rafale
Des canons d’un avion de chasse.

Mais que veux-tu que j’y fasse?
Moi, je ne suis qu’une peau de chagrin
Tendue sur les chanfreins d’un tambourin
Qu’on taille et retaille sans cesse au burin.
Et je te jure qu’on finit par devenir sourd
A tout ce qui importe et nous entoure
Quand le rythme se bat au bourrin
Des batteries qui se tirent la bourre
Dans le concours des grosses caisses
Qui se dressent à la baguette pour
Une tête d’affiche dans la presse.

Alors que veux-tu que je fasse
Pour changer la mesure,
Pour pousser les contrebasses
A s’appuyer sur la césure.
Les notes de tête des pipeaux
Sont à la fête, ça c’est sûr,
Et les violons dans la compo
Désaccordent la tessiture
Des chœurs meurtris que l’on censure
A grands coups d’aria da capo,
Pour la gloire de solistes
Au lyrisme des sophistes.

Alors que veux-tu que je fasse,
Moi, petit tam-tam dans ce concert ?
C’est déjà dur d’avoir sa place
Et il faut bien que je la conserve
Car je ne suis qu’un bout de peau,
Qui n’a pas l’attrait du cuivre,
Juste un bruit de fond dans le tempo
Que les chefs d’orchestre nous font suivre.
Et puis, celui qui change la cadence
A vite droit à des sourdines
Car il faut que le monde danse
Et que les têtes dodelinent
Comme le dicte la partition
De l’opéra impérialiste
Et des agences de notation
Qui en choisissent les artistes.

Que veux-tu que je fasse,
Moi, la petite darbouka,
Sous la baguette que l’on place
Entre les mains des troïkas.
Pas grand-chose,
J’en conviens
Même si parfois j’ose
Quelques sons en contre-point.
Un ton par-ci
Une note par-là, ou deux
Et si tous les tambours font ainsi,
Peut-être que nos ballades
Prendront un tour inattendu,
Que les chœurs y seront entendus
Et donneront la voix de l’art omis
Dans nos présentes harmonies.

Et peut-être qu’enfin, le vacarme
Assourdissant des états d’âme
S’alignera sur la gamme
Des justesses aux sonagrammes
Et des programmes pour qu’il se calme
Aux symphonies de nos tam-tams.

 

COD KINAY – le 20/04/2016

 

illustration-slam-tam-tam

Pour illustrer ce slam, j’ai trouvé cette peinture de Tanzanie, réalisée par Masoud, et intitulée « Synced Rhythm », plutôt sympa. En gros, je me suis dit en la voyant: « Hey, t’aimes ce thème sur le tam-tam ! » ^^ (Rho, c’est nul ça…désolé les zamis ! 😉 )

 

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