De tout temps, l’humain s’est cherché des Dieux. Qu’il les ait créés dans de multiples buts ou qu’ils existent, je ne juge pas et me dois de laisser à chacun le libre arbitre de ses croyances.

Mais, force est de constater aussi, que tout temps, l’humain a fait des sacrifices démesurés pour ces Dieux. Que les pires exactions de l’homo sapiens ont bien souvent été perpétrées en leurs noms. Et le nouveau Dieu des temps modernes ne déroge pas à cette constance.

Un nouveau Dieu ? Oui ! Mais à la différence de ses ainés, un Dieu insensible au vivant. Le bien-être de la planète, la faune, la flore, l’humain …. Il s’en fout !

Tout ça n’est que marchandise au service de son unique but : Grossir toujours plus, pour lui-même. Un nouveau Dieu au parfum de l’ogre égocentrique.

Ce Dieu ? Un Dieu aux mains d’argents ! Le Dieu de l’argent ! L’argent lui-même !

Un Dieu moderne à la gloire duquel les humains sont prêts au pire. Un Dieu qui s’est dématérialisé en équations et chiffres qui virevoltent sur des écrans d’un bout à l’autre de la planète. Des chiffres avec toujours plus de zéro devant la virgule et toujours moins de réalité palpable, mais qui conditionnent pourtant la plupart de nos grandes décisions.

Un Dieu tout-puissant et pourtant vulnérable, car c’est l’humain qui l’a fait et qui, par sa simple volonté, peut le détruire à tout moment. Il en a encore et en aura toujours le pouvoir. Il suffit qu’il le veuille. Que la plupart d’entre nous le veuille vraiment.

Et, pas besoin d’armes lourdes pour le vaincre. Il suffit que s’additionnent chacun de nos petits gestes d’amour pour la planète, sa nature, pour son prochain, nos enfants….
Et ce slam, qu’il soit poésie ou non, dans le vrai ou dans l’erreur en est un. Un de mes petits gestes que je désire partager avec toi qui me lis….

 

Nos consciences déglinguées
Ne s’arrêtent souvent qu’au soi
Sans qu’on pense au déclin qu’est
L’orgie que l’on conçoit
Au présent de la croissance,
Sans gêne, ni rations,
Dans nos jeux d’inconséquence
Pour les futures générations.

Pourtant génie d’action à l’instant T
L’humanité se laisse tentée
Par l’échappée dans le virtuel
Et des pixels dans ses rituels
Pour pallier au plus urgent:
Produire au max de la valeur
Pour satisfaire la faim de l’avaleur
Sans fin qu’est le divin aux mains d’argent.

Il faut donc qu’elle fasse en sorte
Que ses cohortes rapportent
Des stocks de chiffres qui clignotent
Dans les bourses du démiurge.

Et pas question qu’on s’insurge !

Pour espérer survivre,
L’humain doit donc suivre
Fissa ses conceptions
Et le bon valet doit faire
Sacrifices et concessions
Dans le palais des affaires.

Il doit s’oublier,
Peu importe les suppliciés,
Il doit s’y plier
Et pas question de supplier
Car le maître est avide
De faire gicler le liquide
D’une croissance continue
Aux cadences soutenues.

Alors comme la guerre
Génère des filières prospères
Qui font faire de la thune au fer,
« Tu ne tueras point
Une personne mais plein. »

Des limites des champs de batailles
On passe vite aux champs de bétail,
A l’agroalimentaire
Qui du sud au nord
Change la terre
En lingots d’or.

Pour ça, elle fait pousser la vie
En l’arrosant de mort.
Et tant pis si les frigos charrient
Des taux de pesticides
Qui battent des records
A la table des suicides.

Et tant mieux, quand ça abîme les corps,
De ceux qui y sont assis
Car les profits se multiplient
Dans l’industrie des pharmacies
Et cosmétiques bien coûteux
Qui bouclent la boucle du cercle juteux.

Au temps des moissons
L’humain est une viande
Qui se marchande
De bien des façons.

Mais le dieu des capitaux demande
Toujours plus d’innovation pour ses offrandes.
Donc, en parallèle de ces carnages
On démantèle le partage
Pour booster les ventes.

On pousse des modes qui s’éventent
Et des besoins qui s’accumulent
Comme des malles
Au cul d’une mule
Devant laquelle on déballe
Des petites carottes
Et des gros bâtons,
Des petites mascottes
Et des gros baillons,
Pour qu’elle avance sans relâche,
Sans s’avouer trop lâche,
De porter sa part du monde
Le long des pentes glissantes
Qui s’enfoncent en rondes profondes,
Dans l’enfer de Dante.

Cet enfer qui se cache au grand
Flou du flux des fonds spéculatifs,
De l’afflux des sociétés écrans,
De l’off-shore et des pécules hâtifs.

C’est une divine comédie
De sous qui se joue
Sur dessous de tragédie
Et parquet sous le joug
De ce metteur en scène
Qu’est le dieu des pièces.
Oui, une com’ divine
A la gloire mesquine
De ses quêtes à outrance
Qui mettent l’homme en trans.

« Gloire au nouveau dieu !
A qui mieux mieux soyons tous pieux,
Les jeunes envieux comme les vieux,
Et le plus tôt sera le mieux ! »

« Gloire aux paradis fiscaux,
Où les deniers seront les premiers
Qu’on laissera nous guider jusqu’au
Bout des avenirs anémiés. »

« Gloire aux martyr du FISC,
Aux kamikazes du fric
Qui explosent les bénéfices
De l’Argentine à l’Afrique ! »

« Gloire à eux, gloire à lui,
Gloire à sa Mecque
Pour aujourd’hui
Et les siècles des siècles ! »

Et tandis que sa secte
Prospecte et collecte
Des adeptes qui font légion,
Le petit doc trime
Pour s’extraire
Des doctrines
De sa religion
Et du poids de ses croix.

Certains croient
Qu’il se perd
Mais en père, il espère
Qu’on repère la lumière
Que nous occultent
Les gourous de ce culte.

Il l’exprime,
A bout de mine,
A coups de rimes
Allant droit à l’envers
Des versants
De cet enfer.

Il nous y lance
Ses vers sans
Haine ni violence
Car sans « N »,
A l’oreille, de « peine »
Reste « paix ».

Oui, il l’espère ce respect,
Pour chaque aspect de la vie,
Que son espèce ait envie
De changer la donne comme la mise
Et s’adonne à son âme mise
Au devant de son or
Pour s’enlacer de « mi amor ».

Il rêve qu’elle s’élance
A contre-sens
Des brèves de l’avoir
Pour la voir
Transcender les lois
Économiques faites
De sang dans des choix
Qui lui niquent la tête.

Oui, c’est ainsi qu’il prie
Pour la mort d’un Dieu
Odieux et solitaire,
Et que naisse, demain, l’esprit
D’un humain prodigieux
Aux cieux du solidaire.

COD KINAY – le 04/05/2016

 

illustration-slam-poesie-dieu-mains-argent

Et oui, pas besoin d’aller bien loin pour illustrer ce slam sur le Dieu argent. Il suffit de regarder les dollars : « in god we trust » … ;-)

 

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