Ce slam, je l’ai écris comme une mantra pour moi tout autant que pour toi. Peut-être même plus pour moi. Parce que, souvent, quand je regarde mes idéaux, mes envies, et les actes qui en découlent, le constat est sans appel : Je manque de faire ! C’est clair, je manque de faire des choses pour contribuer à rendre le monde plus fraternel et plus juste. Pas forcément de grandes choses, même des petites. Donc, je ne sais pas pour toi, mais moi, je me sens terriblement anémié en « faire » ! Et pourtant …

 

Ma sœur, mon frère,
On manque de faire
Ce qu’on aime
A côté du système.
Je le sais car
Je vois les escarres
Dans nos mains blêmes.
Je le discerne
Dans les cernes
De nos espoirs,
Noires
Comme des barils de pétrole
Qu’on noie dans l’alcool.
Collet serré
Et pattes blanches
On se laisse bercer
Au bout de la branche
Comme des tranches
De viande inerte
Étanches
Aux alertes
Primales
De leurs glandes pinéales.
On se dit qu’il doit s’agir
D’une flemme passagère,
Qu’on peut s’assagir
Tant que d’autres gèrent,
Mais le temps passe
Et de dociles
Qui reste en place
On vire fossiles,
Courbatus
De platitudes.
Des statues
Par habitude.

Et pourtant,
Ma sœur, mon frère
C’est important
D’avoir le cœur à faire.
Je le vois quand
Je pose mon attention
Sur le camp des pratiquants
Du dépassement de l’intention,
D’un peu comme beaucoup,
Sur ceux qui tentent le coup.
Alors je tends le cou,
Mon frère, ma sœur
Pour comprendre d’où
Viennent leurs propulseurs.
Et rien que de les voir
Je te jure, ça me donne envie,
Autant que de l’espoir
A mes rêves inassouvis.
Je comprends
Que ceux qui font
N’ont pas de dons,
Mais juste le cran
D’assumer ce qu’ils sont
Sans fumée à l’écran
De leur moi profond.
C’est ça, ma sœur, mon frère,
Ils sont comme nous,
Nous qui, comme eux,
Pouvons nous extraire
Des censures et tabous
Qu’on se greffe au « je peux ».
Oui, on peut avoir
Les cheveux dans le vent
Et le pouvoir
De porter nos soleils levants,
Comme on transforme le poids
D’un fardeau
En plaisir pour les doigts
Qui portent le cadeau.
On peut, retisser des liens
Pour accrocher de l’Amour
Aux écrins du quotidien,
Un peu, chaque jour…

COD KINAY – le 10/05/2016

 

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Cette citation d’Albert Einstein (1879 – 1955) me semblait parfaite pour illustrer le propos de ce slam. Bon, je nuancerais en disant que le monde sera détruit (enfin, je n’espère pas, comme toi, je pense) par les deux. Mais ça devait être pour donner de la force à la punchline. 😉

 

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