Sous les pavés, les flammes,
Et, des flammes, s’envolent souvent les pavés
Portés par les ailes perdues des âmes
Qui battent à l’envers dans les ciels entravés.
Elles y distillent un parfum de cendres
Le premier cri du phœnix qui sort du coma,
L’instant précis où la prophétie de Cassandre
Avale les rues comme une coulée de magma.

Mama, j’ai peur qu’on se brûle les doigts
À trop jouer avec les cœurs qui souffrent
Les mèches d’indécence qu’on rallume à chaque fois
Pour ces jeux de l’essence qui nous poussent à bout de souffle.

Sous les pavés, les flammes,
Et dessus le bruit de bottes pyromanes
Qui défilent et puis se pâment
Aux miroirs des vanités, aux mannes
Des têtes qui se baissent
Sous leurs épées de Damoclès.
Mais sous le poids des nuques courbées,
Les yeux de sel tournés vers le sol
Prennent l’odeur des vapeurs tourbées
Qui se chargent en alcool.
Des cocktails Molotov sous pression
Qu’une étincelle de frustration
Peut faire péter comme une fuite de gaz,
Un coup de grisou, et tout qui s’embrase.

Mama, ça me fait peur quand la colère embrasse
Les larmes des sens qui laissent trop de traces,
Trop de tâches inflammables qui forgent
Le soupir du dragon au fond de la gorge.

Sous les pavés, les flammes,
Et ce n’est pas un feu de joie qui danse
Mais un feu de détresse qui réclame
Un peu de l’eau des fontaines de jouvence
Pour calmer l’appétit de l’incendie
D’injustices qui grandit.
Car à force de taper et puis de choquer les silex,
Pour éclairer quelques pingouins dans leurs tours de pyrex
On génère des foyers qui peu à peu se réunissent
En un bûcher dont le brasier vient venger les préjudices.

Mama, ça sent la catastrophe
Toutes ces flammes sous nos pieds,
Le sang qui boue et la poudre qui apostrophent
Le silence glacé des sirènes de pompiers.

Putain, moi aussi, je me sens brûler Mama !
La tête et le poing levé, l’âme au combat,
Mais le regard perdu dans les écrans de fumée
Je ne sais plus quel flambeau je dois allumer.
Et j’ai peur, Mama, de faire n’importe quoi,
Qu’on allume un feu de paille au lieu d’un feu de bois.

J’ai peur, Mama, qu’on évapore
Les gouttes d’espoir qu’il nous reste encore,
Qu’on brûle tout pour ne laisser qu’un empire de cendres et
Qu’aux terres brûlées nos pires démons soient engendrés.

C’est alors que Mama me dit :

« Tais-toi mon petit, écoute-moi, je t’en prie,
Laisse-moi te rappeler la légende du colibri. »

Et Mama la Terre
Me raconta cette légende séculaire:

Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :

« Je le sais, mais je fais ma part. »

 

COD KINAY – Le 10/05/2017

Pour info, l’image qui illustre ce texte sur la page principale est une photo prise par Guillaume Herbaut, lors de la révolution de Maïdan à Kiev, en février 2014

 

La légende du Colibris est une légende d’origine Amérindienne qui en France, sous l’impulsion de Pierre Rabhi, a donné son nom au mouvement Colibris. C’est une super asso’ et d’ailleurs, j’ai écris un petit article dessus que tu peux retrouver ici : Le mouvement Colibris

Je te mets aussi cette vidéo pour que tu puisses découvrir directement « Le chant des colibris – l’appel du monde de demain » (et puis le lire et répondre à cet appel) :

 

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