Avant propos du poème

Je veux juste dédier ce « poème » à nos Papys, nos Mamies… Pensées, poésie et amour…

Et maintenant, place à la poésie

Il écrase sa clope dans le cendrier ébréché
Tellement saturé que la cendre ne peut s’empêcher
De déborder sur la table usée
Qu’on dirait sortie d’un musée.
Dans l’évier, la vaisselle sale s’entasse
Et le placard se morfond, sans tasses.
Le frigo est sale et sent le poisson moisi,
Pique le nez comme un buisson d’ambroisie
A la tombée du soir ou levé du jour,
Il ne sait plus, à midi peut-être,
Ça fait déjà quelques mois que le séjour
N’ouvre plus ses rideaux ni ses fenêtres.

Depuis que Mamie est partie, en fait,
Je crois que Papy n’a plus toute sa tête.

Il tourne et retourne en rond dans son salon
En se demandant pourquoi les jours sont si longs,
Si Dieu existe et si oui « c’est un salaud
D’avoir emporté Mamie
« , le laissant seul au
Silence criard de cet appart’ HLM
Oublié quelque part à l’est d’Angoulême.

Au début, il allait tous les matins au cimetière
Afin de voir Mamie, enfin, plutôt son nom sur une pierre.
Mais à quoi bon, de toute façon il n’en a plus la force.
En plus, la dernière fois dans le bus,
En descendant au terminus,
Il s’est fait une entorse
Et une vilaine bosse
Qui ont du mal à guérir.

Je crois bien que Papy, il attend juste de mourir,
De rejoindre Mamie, comme il préfère le dire,
Et puis ses amis que l’âge est venu refroidir.

Ce qui blesse Papy, c’est aussi qu’il n’a plus de famille
Qui habite une ville à côté de son domicile.
« C’est pour le travail » lui répète sans cesse sa fille,
« On a pas le choix, il faut que l’on soit mobiles« .
Mais Papy se demande si c’est un mobile sérieux
Pour partir s’installer loin de chez lui.
Déménager à tout va, ça lui semble curieux,
« C’est peut-être juste que les enfants qui s’enfuient. »

Papy se demande et puis il oublie,
Un peu sénile, peut-être un peu d’Alzheimer,
Comme ce jour d’avril où il a trouvé sous le lit
Un petit mot écrit
De la main de Mamie.
Une phrase qu’il lit :
« Arrose-le, sinon ton bonsaï meurt« .
« Mais je n’en ai pas » se dit Papy
Avant de remarquer, posé sur le tapis,
Un pot de terre qui tire sur le gris
Et duquel émerge un arbre rabougri.
Ça lui fait penser au passé, à sa vie
Si douce aux bons conseils de Mamie.

Une larme monte et coule sur sa joue pâlie.
Il lâche le papier qui retombe sous le lit
Et le bonsaï reste, aux heures d’anémie,
Sur le tapis, là ou un jour il l’a mis.

Depuis qu’il n’y a plus Mamie,
C’est fou comme Papi se sent seul.

Et quand il pose sa tête sur l’oreiller,
Sous son drap froid au parfum de linceul,
Papy espère ne plus jamais se réveiller.
Mais quand le sommeil le fuit
Au beau milieu de la nuit,
Il ouvre les yeux et les ténèbres qu’il voit
Se refermer tout autour de lui
L’écrasent comme une proie
Dans les mâchoires de l’ennui.
Alors, il sent son cœur s’emballer,
La peur viscérale de se faire avaler
Par la mort qu’il appelle pourtant de ses vœux.

Papy, je crois, ne sait plus bien ce qu’il veut.

Et comme il n’a personne à qui parler
Papy va se caler devant son poste de télé
Pour se laisser aller
Dans une sorte d’apathie
Qui l’aide à s’isoler,
De l’étreinte du chagrin,
Du moins, en partie.

Et le désert de Papy s’étend grain par grain ….

De toute façon, ce n’est pas sa retraite
Qui lui offrira des oasis concrètes.
Il a déjà du mal à se payer ses cigarettes.
Pourtant, Papy a toujours ces envies secrètes :
Une maison aux bonnes proportions
Pour accueillir les trois générations.
De quoi se faire un petit voyage
Avec un club du troisième âge.
Des idées folles qui lui traversent l’esprit
Et puis s’écrasent contre le mur des prix.

En plus, Papy, il a du mal à comprendre l’euro,
La place de la virgule et le poids des zéros.

Le mégot mal écrasé émet
Une dernière volute de fumée
Qui danse sur l’air de clarinette
Entamé par la sonnette.
C’est sa fille et son gendre qui sont venus,
Pour l’emmener, elle l’avait prévenu.

Assis dans la voiture, Papy voit par la fenêtre
L’entrée aseptisée d’une maison de retraite.
Le feu passe au vert et la voiture redémarre,
Tandis qu’il détourne le regard.
« On a préparé ta chambre » lui dit sa fille
En posant une main sur son genou.

« Ça va te faire du bien la vie de famille,
De venir t’installer avec nous
. »

Alors, à ces mots, à l’émotion de ce geste
Papy sourit à pleines dents,
Ou du moins, ce qu’il en reste,
Comme il ne l’avait pas fait depuis longtemps.

COD KINAY

Pour illustrer ce poème ou texte de slam poésie

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En illustration de ce texte de poésie je trouve cette photo d’un Papy malaisien de 80 ans réalisée par Yaman Ibrahim magnifique.

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