Voilà une petite histoire, une parabole sur l’alcoolisme, que j’ai écrit et avais envie de vous conter, de partager avec vous mes amis….

Seul dans la rue, l’homme cherche à s’anesthésier
En s’envoyant des gorgées de rhum dans le gosier,
Le regard perdu sur les avenues délaissées
Qui lui rappellent étrangement son passé…

« Il y a dix ans, il souriait à pleines dents…

Et soudain, les larmes qui lui bouffent la face !

Le fer rouge qui le marque au-dedans !

Le sale coup dur et les plans qui s’effacent !

C’était raide à encaisser, vraiment trop !

Alors pour s’oublier et s’apaiser un minimum,
Il entrait à la volée dans le premier bistrot
Pour s’envoyer d’un trait un grand verre de rhum !
Un second, un troisième et en moins d’une heure
Il avait perdu le compte et un peu de sa douleur.
Puis ce fut ainsi chaque jour de chaque semaine
Quand il décida de venir noyer sa peine
Dans les abysses poisseux de l’alcool,
Du mauvais rhum au parfum de vitriol.

Il revenait chaque soir et, au fur et à mesure,
Chaque midi, chaque matin, vint la démesure,
Le besoin, et toujours plus de solitude,
De solitude, et de tristesse récalcitrante,
Donc plus d’alcool et plus de servitude,
Dans la spirale de l’infernale descente
Des verres,
A l’envers,
Des verres,
A l’enfer ! »

Revenant soudain dans l’instant présent,
Il regarde la bouteille vide en se disant
Que si une main s’était tendue vers lui
Il aurait peut-être pu s’en sortir, et puis….

Et puis…Rien, nada, que tchi, que dalle !

Que des regards qui fuient et te font mal !

De ces putains de regards qui ne voient pas les autres,
Qui te disent « Non, toi tu fais plus partie des nôtres ! »

Soudain, l’envie de boire lui étrangle l’esprit
Et ses pensées s’étouffent sans un cri.

Il se met à trembler, comme pris d’une fièvre !

La bouteille vide oscille jusqu’à ses lèvres,
Et, la dernière goutte roule jusqu’au goulot,
Comme le ferait le fruit pourri d’un sanglot.
Elle percute les lèvres, s’égare sur le menton,
S’étire, tombe et éclate sur le sol en béton…

… Aux pieds d’un homme inconnu, inattendu,
Qui le regarde en souriant, la main tendue.

Dans sa poche, un livre est visible,
Ouvert sur la page d’une parabole
Dont le titre est aisément lisible :
« De l’homme et de l’alcool » …

COD KINAY – le 27/11/2014

peinture homme alcoolique

Pour illustrer ce slam, j’ai aimé cette peinture d’Annie Preece

 

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