Pour ce slam sur l’histoire de Cécile, rien à dire de plus que :

Jeudi matin,
Sur mon chemin,
J’ai vu de la vie
Dans la lie du parvis.

Une âme pure
Perdue sous le sale,
Des ordures.
Une femme seule,
Qui avait à ses cils
La saveur du sel,
Celle de la rue.

Elle s’appelait Cécile,
Enfin, je crois…
Elle n’avait pas de domicile,
Et Cécile, elle avait froid….

Pourtant, vous savez,
Sous ses paupières noircies
Cécile, elle rêvait.
Elle rêvait d’ici
Et d’ailleurs.

D’ailleurs
Assise immobile,
Elle rêvait surement plus que nous.
Je le sais parce que Cécile,
Elle avait déjà pris beaucoup
De clous dans le cœur et de coups
Et longtemps vécu à genoux;
Parce qu’elle avait les yeux dans le flou…

Elle ne rêvait pas de milles
Et de cents,
De luxe incandescent.
Non, Cécile,
Elle rêvait juste d’un logement décent.
D’un petit coin à elle
Pour être au chaud le soir,
D’un repas sans avoir
A faire les poubelles.

 

Et moi, je me suis accroché
Au battement de ses cils,
Quelques secondes avant de ricocher
Sur les vitrines du centre-ville.
Et pourtant je l’ai vu l’abattement de Cécile,
Au secret
De ce ces sil-
-ences qui en disent long quand ils se créent.

 

Elle en avait du courage Cécile
Dans cette jungle hostile
Pour garder un peu d’espoir,
Et survivre à la loi du plus fort.
Et lorsque venait le soir
Elle poursuivait ses efforts
Même si, parfois, on la voyait boire
Pour y chercher du réconfort.
Car, Cécile, vous savez,
Elle faisait comme elle pouvait…

Elle paraissait tellement fragile,
Mais elle était forte Cécile,
Parce qu’elle en avait pris dans le regard,
Du jugement, des imbéciles,
Des arrogants et des gros salopards !
Vous ne pouvez pas imaginer
Tout ce qu’elle a pu voir,
Pendant ces longues années
Assise sur le trottoir.

Et pourtant même quand ça empirait
Cécile, elle, espérait.
Et quand ça devenait trop difficile,
Cécile,
Elle s’inventait des histoires
Pour se motiver.

Vous savez,
Ces histoires qu’on raconte
Dans les livres de contes.
Ces récits ou l’héroïne
Ne se brûle pas dans la cuillère
Et où les pierres cristallines
Sont moins fumée que joaillières.
De ces « il était une fois »
Au parfum des fées
Où l’on dort sous un toit
Et des draps blancs tout juste défaits.

Et même s’il
N’y avait personne pour les écouter
Elle s’en foutait
Cécile,
Car vous savez,
Elle en avait tellement bavé,
Que la solitude
Était devenue rassurante
Et le silence de l’attente
Une habitude.

 

Et moi, je me suis accroché
Au battement de ses cils,
Quelques secondes avant de ricocher
Sur les vitrines du centre-ville.
Et pourtant je l’ai vu l’abattement de Cécile,
Au secret
De ce ces sil-
-ences qui en disent long quand ils se créent.

 

Hier c’était un jeudi,
Un de ces jours banals
Où le froid raidi
Au souffle hivernal
Les eaux du canal.
C’était un jour d’hiver banal,
Où la météo avait prévu
Un ciel couvert
De la neige et moins trois.

Juste un soir ou personne n’a vu
Que Cécile était morte de froid
Seule sur les pavés,
Au milieu de la foule,
Sans qu’une larme ne coule.

Elle ne bat plus des cils
Cécile…

Elle est de celles que l’hiver emporte,
Seuls, sur le pas de nos portes…

Et vous savez
Je crois, que j’aurais pu la sauver….

 

COD KINAY – le 30/01/2015

 

illustration du slam Cécile

Pour illustrer ce slam, j’ai aimé ce dessin de Xavier Delucq

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