Il y a des nuits où les cauchemars te prennent à la gorge et te réveillent en sursaut, moite et haletant… Et tu te souviens, quand tu étais gamin, et que tu te réveillais en panique en appelant tes parents entre deux sanglots pour qu’ils te rassurent… Moi je me souviens que….

Quand je n’étais qu’un enfant
Mes parents me disaient
Tu verras quand tu seras grand,
Les monstres qui t’effraient
N’existent pas vraiment mon fils,
Faut pas que tu en ais peur,
Car, tu sais, l’âge les éclipse
Et les transforme en vapeur.

Je les ai crus comme je pouvais
Et je te jure que je le voulais
Mais peu importe où je me trouvais
Je les trainais comme un boulet.
Je conjugue ça au passé,
Mais faut pas croire, je les vois encore
Et je vais illustrer mes pensées,
Comprenez bien les métaphores !

Il y a des monstres dans mon placard,
Qui vivent en hordes de barbares,
Shootant des mecs pour un regard,
Sifflant les meufs sans autres égards.
Ces monstres-là se sentent à part,
Mis à l’écart de leurs voisins
Alors ils cherchent la bagarre
En exutoire s’ils en croisent un.
Mais ces monstres-là, je les crains peu
Car ils n’ont pas de réel pouvoir
Et s’ils sont seuls, ils baissent les yeux
Quand tu les heurtes sur le trottoir.

Parmi les monstres hideux de mon placard,
Je flippe plus des ogres solitaires,
Plus malins, plus vicieux et moins tricard
Que ne le sont leurs congénères.
Des ogres qui se cachent aux yeux des gens
Pour attaquer à l’improviste,
Pour du sexe, pour de l’argent,
Pour assouvir des pulsions terroristes;
Des ogres brutaux mais discrets,
T’en as peut-être croisé un ce matin,
Sans rien capté à son secret,
Et peut-être que là il tue quelqu’un!

    Alors …
    Alors, je cours sans recours, toujours en côte côté cour,
    Au pied des tours où chaque étage,
    Me renvoie l’image et la rage de leurs visages.
    Alors j’érige des maillages, de discours en contre-jour,
    Comme barrage pour mettre autour
    De ces anges de l’orage.

Partout s’étalent sous mon regard,
Les ombres infectes de mes cauchemars,
Qui se glissent dans des costards
Et puis transpirent de mon placard.
Ces monstres sont les vampires assoiffés,
Toujours nickels et bien coiffés,
L’esprit pointu pour te bouffer,
et te parquer dans leurs réserves tarifées.
Ils s’attaquent aux plus fragiles,
Les proies dociles c’est plus facile
Pour leurs canines mercantiles
Aux morsures mortelles mais subtiles.

Et moi je tremble car j’ai peur,
Qu’un jour prochain ils nous déciment
Dans le festin des fossoyeurs
Et charognards du bout des cimes.

Ces monstres-là, sûrs qu’ils existent,
On est des témoins chaque jour :
Certains se perchent en haut des listes,
C’est la technique du vautour;
D’autres se mêlent à leurs proies,
Ca c’est celle du cheval de Troie;
Et puis il y a celle du sournois
Qui guette comme un serpent dans les bois.

Mais, tu sais, il n’y a pas grande différence
Entre tous ces putains de démons,
Car peu importe les jeux de l’apparence,
Ils ne pensent qu’à te vider les poumons.
Et moi, Ils me font flipper secos
Quand je vois l’étendue de leur pouvoir
Qui fait ces paradis fiscaux
Dont ils sont seuls à se pourvoir
Ne nous laissant qu’un grand fiasco
Où il ne que reste peu d’espoir
De se sentir un peu plus égaux
Et citoyens d’une même histoire.

    Alors j’accours et m’écœure,
    Tambour sous cotes coté cœur,
    Grimpant les tours et chaque étage,
    Pour jauger l’image, le mirage de leurs trucages.
    Alors je gratte le cirage en discours pour mettre à jour,
    Le maquillage et les contours
    De ces anges de l’orage.

A les voir évoluer toujours autour de moi,
Ils s’impriment sur ma rétine,
Comme des lentilles opaques à l’émoi
Couvrant les yeux de leur platine.
Ma pupille renvoie direct au cœur
Ces cauchemars de mon enfance
Qui le secouent de spasme dans leur shaker,
Jusqu’au syndrome de Stockholm qui le programme
A l’abandon progressif de ses peurs
Pour n’en laisser qu’un drôle de steak sans âme.

« Moi aussi j’ai de la violence
Que je voudrais bien exprimer
Pleins des désirs de puissance
Et d’égoïsme dur à réprimer ! »
Et à force de les côtoyer,
Ces monstres deviennent des modèles
Des icônes qui font ployer
L’échine droite des idées originelles.

C’est étrange de se dire qu’un homme
N’est rien de plus qu’un caméléon,
Un petit poisson dans l’aquarium
Qui tourne et tourne autour des néons.
Moi j’ai rien de particulier,
Mon tissu de volonté à toujours ses limites
Et j’ai beau bien m’en habiller,
Dans mon placard, les monstres sont des mites.
Alors, nu dans le froid des cauchemars,
Pour survivre, j’ai tombé les remords,
Et dans la nuit sinistre de mon placard,
Les rêves de mon enfance sont morts.

    Alors trop lourd et sans secours,
    Abat-jour mascotte coté atour,
    En haut des tours, j’oublie les étages,
    Et change mon visage à l’apanage des nuages.
    Alors je stagne dans le sillage des discours sans bravoure,
    Du racolage pour faire l’amour
    A ces anges de l’orage.

Malheureusement,
Et finalement,
On pourrait dire à nos enfants:
« Les monstres, faut pas en avoir peur
Car tu verras qu’avec le temps,
Tu te changeras en un des leurs,
Comme ton papa, et ta maman ! »

COD KINAY – le 23/03/2015

 

image de cauchemar

Pour illustrer ce slam, j’ai aimé cette peinture digitale de Luis Afonso

 

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