<<  CHAPITRE 1 : Connaître les abeilles

 

CHAPITRE 2 : L’inquiétante disparition des abeilles

 

abeille-morteMaintenant qu’on a : un peu affûté notre connaissances des abeilles, je pense que toi, comme moi, cernons mieux leur importance cruciale dans l’équilibre de notre écosystème… Pour notre planète et la survie de nombreuses espèces, comme l’homme. Et pourtant, les populations d’abeilles diminuent significativement dans le monde entier. Et cette disparition progressive est inquiétante… Quand j’y pense, ça m’inquiète vraiment… Toi aussi ?

Mais, où en est-on de cette disparition des abeilles ? Pourquoi disparaissent-elles ? Et qu’elles en sont les conséquences ?

Commençons par un constat sur la situation des abeilles

Dès les années 1970, les apiculteurs constatent une surmortalité au sein de leurs ruches d’abeilles domestiques. Cette mortalité anormale et soudaine des colonies d’abeilles domestiques s’est accélérée, depuis le milieu des années 1990. Et en 1998, ce phénomène prend le nom de « syndrome d’effondrement des colonies », aussi appelé « Colony Collapse Disorder » (CCD) aux Etats-Unis. Et quand on parle de CCD, il est intéressant de regarder le nombre d’articles scientifiques publiés dessus, car l’exposition récente de ce simple chiffre démontre l’ampleur mondiale de la préoccupation :

nombre-articles-abeilles-syndrome-effondrement-colonie

Mais les autres chiffres quels sont-ils ?

Je ne t’en donne que quelques-uns pour ne pas que ce soit trop lourd et ennuyeux :

En Europe, en 2006 – 2007, 9 états européens sur 13 ont déclaré un taux de mortalité supérieur au seuil normal de 10 %. Mais ce n’est qu’à partir de 2008 et de la création du réseau COLOSS (coordination internationale permettant d’affiner les mesures et d’harmoniser les protocoles) que les chiffres ont été considérés comme comparables et analysables à l’échelle mondiale.

Entre 2009 et 2010, ce taux de disparition a globalement augmenté, malgré une grande variation entre les pays, allant de 7 % à 30 %.

En France, le taux de perte pour 2010 – 2011, est estimé entre 17 % et 22 %, avec 4,5 % des colonies perdues présentant les symptômes du syndrome d’effondrement. Pendant ce même temps, aux
États-Unis, le taux de perte a atteint les 30 % avec près de 26 % présentant le syndrome d’effondrement. De plus, en 2011, un rapport de l’ONU confirme que le nombre d’abeilles dans les ruches s’effondre dans le monde entier (Global honey bee colony disorders and other threats to insect pollinators report).

Bon les chiffres tels quels c’est bien, mais sur une petite carte c’est plus explicite :

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Perte de colonies d’abeilles en [%] dans le monde (selon Neumann & Carreck 2010).

Et si tu veux plus de chiffres, tu peux aller voir sur ces sites :

 

Mais pourquoi les abeilles disparaissent-elles ?

Plusieurs causent sont à l’origine de cette surmortalité galopante des abeilles. Je t’en décris les principales résumées ici-dessous :

 

Les frelons asiatiques (Vespa Velutina)

Frelon-asiatique-mange-abeilleDepuis peu, cette nouvelle espèce de frelon se propage à grande vitesse à travers le monde. Le frelon asiatique, importé involontairement d’Inde, de Chine, d’Indonésie, etc…, au travers du commerce, est une espèce particulièrement agressive (y compris envers l’homme) qui aime se régaler et nourrir ses larves d’abeilles domestiques (apis mellifera).

Le frelon asiatique s’attaque spécialement aux ouvrières en se postant devant l’entrée de la ruche en vol stationnaire et tue les abeilles chargées de pollen. C’est un prédateur extrêmement dangereux car une petite dizaine de frelons asiatiques suffit à décimer une colonie d’abeilles en quelques jours, contrairement au frelon européen (vespa cabro) qui ne tue qu’une certaine quantité d’abeilles (50 g) pour nourrir son couvain mais ne détruit pas la colonie. Pour te donner un ordre de grandeur, le frelon asiatique est capable de tuer et d’emporter, en moyenne, 2 abeilles toutes les 3 secondes.

Les abeilles asiatiques (apis cerana), du fait de leur co-évolution avec ce frelon, ont développé un système de défense qui consiste à attirer le frelon dans la ruche et à l’entourer pour faire augmenter sa température corporelle et le tuer. Mais, malheureusement, les autres abeilles n’ont pas développé de moyens de protection contre ce prédateur venu d’ailleurs, et restent sans défense efficace.

Fin 2012, devant l’importance et l’urgence de la situation, L’UNAF (Union Nationale de l’Apiculture Française) a obtenu le classement du frelon asiatique en organisme nuisible, danger sanitaire de catégorie 2. Depuis, l’UNAF continue de demander son classement  en danger sanitaire de 1ere catégorie afin de favoriser la lutte contre ce prédateur féroce et envahissant.

 

Le varroa destructor

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Ce sont des acariens visibles à l’œil nu, venus d’Asie, qui envahissent progressivement le monde depuis le début des années 1980, a l’exception de l’Australie et de la Nouvelle Zélande. Ils ressemblent à des petits crabes rouges aplatis, de 1 à 2 millimètre de long et de large.

Le varroa destructor est un parasite qui agit comme un véritable vampire et provoque des dommages considérables dans les ruchers qu’il infeste, en s’attaquant aux ouvrières et aux larves. En effet, la femelle varroa (adulte en seulement 9 jours) pique l’abeille pour se nourrir de son hémolymphe et pond ses œufs dans les cellules de couvain, afin qu’ils parasitent les larves pour se développer à leurs dépens. Outre la mortalité par anémie des abeilles et du couvain, l’effet le plus dévastateur du varroa est la transmission de maladies lors de ses piqûres. Ainsi la varroose est souvent associée au développement d’autres maladies telles que le couvain sacciforme, les loques, la paralysie aiguë etc…

Un des problèmes majeurs des varroa est qu’ils suivent les déplacements des abeilles en s’accrochant aux ouvrières et aux faux bourdons, et peuvent donc changer de ruche facilement et coloniser très rapidement toute une région.

Certaines abeilles sont plus résistantes au varroa car elles détruisent, sélectivement, les cellules de la ruche ou loge des varroas qui ont déjà produit une descendance, à la manière des abeilles asiatiques habituées à se défendre contre ce parasite.

 

Nosema ceranae

abeilles-nosema-ceranaeLe protozoaire (être unicellulaire) nosema ceranae, venu lui aussi d’Asie, est un parasite beaucoup plus petit qui est mis en cause dans la disparition des abeilles.

Il s’attaque système digestif des abeilles et provoque des diarrhées aiguës pouvant aller jusqu’à la mort de l’individu et causer la perte de la colonie si de nombreuses ouvrières sont touchées. Une fois ingérée par l’abeille, il entre dans ses cellules intestinales et s’y reproduit, créant des spores qui vont à leur tour se multiplier dans une autre cellule et la détruire, et ainsi de suite jusqu’à détruire presque toute la paroi intestinale de l’abeille. Étant donné que les abeilles se transmettent le nectar des fleurs de bouches en bouches, la contagion peut-être assez rapide au sein de la ruche.

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Apparemment, ce parasite ne s’attaque qu’aux colonies déjà affaiblies par une mauvaise alimentation, des conditions climatiques défavorables, le déplacement de colonies d’un lieu à l’autre, etc…, et aucun argument ne permet de penser que nosema ceranae serait une cause majeure de surmortalité des colonies.

 

Les autres maladies parasitaires des abeilles

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Bactérie de la loque américaine

Les abeilles, à l’instar de tous les animaux et de l’homme, sont sensibles aux bactéries et aux virus. Dans cette catégorie, on peut retrouver la loque américaine, très grave et très contagieuse, qui peut conduire à une catastrophe apicole si elle n’est pas surveillée et maitrisée. Pour ne pas être trop long et ennuyeux, voici un lien vers Le Groupement de défense sanitaire apicole de Charente-Maritime, pour avoir plus de détails sur toutes ces maladies qui peuvent affecter les abeilles.

Le Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’OIE énumère également les maladies des abeilles et les Pays et Territoires Membres sont tenus de notifier leurs apparitions.

Lorsqu’elles jouissent d’un état de santé et d’une alimentation optimaux leur résistance est plutôt forte. Mais les menaces pesant sur l’environnement, peuvent avoir des effets néfastes sur la santé des abeilles, en particulier quand elles hébergent des agents pathogènes. De plus, les déplacements d’abeilles et de matériel, partout dans le monde, sont à l’origine de la propagation de la plupart des maladies des abeilles vers toutes les régions où est pratiquée l’apiculture.

 

Les insecticides néonicotinoïdes

abeilles-insecticides-mortalité-caricatureL’agriculture intensive a généralisé l’utilisation des engrais et des substances phytosanitaires (fongicides, insecticides, herbicides) issues de l’industrie chimique. Pour préserver les abeilles, l’utilisation de ces produits pendant la floraison des grandes cultures a été interdite dès les années 1970.

Mais, en 1995, de nouveaux insecticides voient le jour:  les insecticides néonicotinoïdes. Ce sont des insecticides systémiques neurotoxiques, qui se diffusent dans toute la plante au fur et mesure de sa croissance, y compris dans les fleurs que butinent les abeilles. Confrontées à des résidus même infinitésimaux, celles-ci sont désorientées, se refroidissent et ne retrouvent plus leurs ruches. Leur système immunitaire étant affaibli, elles deviennent plus sensibles aux maladies neurodégénératives et parasitaires qui entraînent leur mort en quelques jours.

Voici un petit film de 3min pour expliquer le déclin des abeilles, en lien avec les pesticides :

En 1999 puis en 2004, grâce à l’action de l’UNAF et des apiculteurs, les pouvoirs publics reconnaissent la toxicité de deux molécules et suspendent la commercialisation du Gaucho® sur tournesol et maïs et du Régent® sur toutes les cultures. Mais, le problème n’est pas résolu pour autant car de nouveaux produits similaires prennent le relais, telles que le Cruiser® ou le Proteus®

De nombreuses études ont pourtant démontré des taux alarmants de la baisse des populations d’abeilles et le rôle des insecticides néonicotinoïdes dans cette diminution.

 « Nous avons démontré que les néonicotinoïdes sont très susceptibles d’être responsables du déclenchement du « syndrome d’effondrement » dans les colonies d’abeilles qui étaient en bonne santé avant l’arrivée de l’hiver » affirme Chenseng Lu , un expert sur l’exposition environnementale biologique à Harvard School of Public Health (HSPH).

Et je pense que nous devrions bien faire attention à notre système agricole pour ne pas que l’utilisation abusive de dangereux pesticides plonge le monde dans la situation que connais actuellement la province du Sichuan, en Chine :

Par contre, c’est un bon pas contre ces insecticides, que vient de faire la France. En effet, le 19 mars 2015, l’Assemblée Nationale a voté l‘interdiction, à compter de janvier 2016, des produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes, en adoptant un amendement des socialistes Gérard Bapt et Delphine Batho. Un vote contre l’avis du gouvernement, défavorable à la mesure au motif notamment que « le cadre européen ne permet pas une interdiction stricte », selon la ministre de l’écologie, Ségolène Royal. Tu peux en savoir plus en lisant l’article correspondant du monde.

 

D’autres causes peuvent être évoquées

  • La déforestation et la monoculture
  • Le réchauffement climatique
  • L’exploitation intensive des abeilles

 

Pour finir cette partie, je voudrais terminer avec ce petit film de 4 min que je trouve vraiment super et qui résume bien la situation :

 

Mais alors, quelles sont les conséquences de la disparition des abeilles ?

La plupart des études portent sur l’abeille dite domestique mais aussi sauvage. Et si ces deux espèces assurent à elles seules 85 % de la pollinisation des espèces de plantes de nos contrées, il ne faut pas qu’elles cachent ce qui arrive aux autres butineurs sauvages comme les bourdons, ou d’autres insectes qui eux aussi souffrent des activités de l’homme.

La disparition des abeilles et des autres insectes pollinisateurs aurait un impact catastrophique sur l’agriculture mondiale : il diminuerait la production agricole et augmenterait les prix de l’alimentation, aggravant la crise alimentaire mondiale qui sévit actuellement. En effet, avec la disparition des abeilles, c’est 65 % des plantes agricoles qui sont menacées, soit 35 % de notre alimentation. Les cultures maraîchères et fruitières dépendent par exemple à 90 voire 100 % des abeilles et déjà, les États-Unis ont dû importer massivement des abeilles d’Australie pour leurs vergers de pommes et leurs champs de myrtilles.

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« Les résultats montrent que les équilibres alimentaires mondiaux seraient profondément modifiés pour trois catégories (les fruits, les légumes et les stimulants) en cas de disparition totale des pollinisateurs : la production mondiale ne suffirait plus à satisfaire les besoins aux niveaux actuels. Les régions importatrices nettes comme l’Union européenne seraient plus particulièrement touchées. », expliquent l’INRA et le CNRS.

Les conséquences en termes de préservation de la biodiversité seraient également catastrophiques. Si elles venaient à disparaître, le changement et l’effet boule de neige seraient tellement énormes qu’il est impossible d’en mesurer les conséquences pour l’environnement et pour l’homme.

 

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